LES MYSTÈRES DU MYSTÉRIEUX KAÏS SAÏD : ESSAI DE DÉMYSTIFICATION DES LIENS DE LA COMMUNE DE PARIS 1871 À LA FUTURE COMMUNE DE LA TUNISIE 2022

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Par: Brahim Meddeb

Après un silence qui a duré environ onze années, j’ai décidé de m’aventurer avec cet essai dans le but de déchiffrer la vision globale de Kaïs Saïd, mais aussi d’apporter un éclairage sur son projet inavoué et encore caché. « الشعب يريد ويعرف ماذا يريد » Monsieur le Président, « Si vous ne pouvez expliquer un concept ( الشعب يريد ويعرف ماذا يريد )  à un enfant de six ans, c’est que vous ne le comprenez pas complètement » Einstein. Monsieur le Président, Si vous pouvez expliquer votre projet au peuple et vous ne le faites pas par manque de transparence et de courage, c’est que vous êtes un grand maître de la duperie et de la dissimulation, lesquelles ont déjà trompé tout un peuple.

En qualité de tunisien, je me sens interpellé par le changement radical des comportements de Kaïs Saïd depuis son entrée au palais de Carthage. Une nouvelle ère est ouverte en Tunisie : Kaïs Saïd est le peuple, le peuple est Kaïs Saïd; il est l’État, l’État est Kaïs Saïd, Kaïs Saïd est le droit, le droit est Kaïs Saïd…etc. Il se donne le droit et la force pour fonder un nouvel État et un ordre nouveau.

Hammadi Redissi a raison de qualifier Kaïs Saïd d’imposteur le 3 septembre 2020 https://www.businessnews.com.tn/kais-saied-limposteur

« Il a beau vociférer, il n’arrive pas à devenir le chef du peuple. Ses affidés multiplient sans succès les menaces de faire descendre un million du « peuple qui veut » dans la rue, au Bardo, à la Kasbah… Saïed n’est pas un tyran, un homme qui gouverne seul par la peur. On en est loin. Il a des velléités despotiques. On le voit. Irascible, il exerce sa tyrannie sur sa domesticité politique, formée de personnes dociles ou sans reliefs. La vraie tyrannie, elle est au-dessus de ses moyens. Un tyran est un cannibale, un loup qui dévore son troupeau, un vampire qui se ravitaille du sang des vivants. Saïed n’arrive même pas à être cruel. »

Hammadi Redissi a cependant tort quand il écrit que  « Saïed n’arrive même pas à être cruel » parce que la cruauté de Kaïs Saïd est claire comme une foudre au ciel : Condamnation in absentia l’ancien président Moncef Marzouki à 4 ans de prison; Arrestation musclée et poursuite  de députés, de journalistes, et de civils  devant les tribunaux militaires; Enquêtes motivées par des considérations politiques en se fondant sur l’article 72 du Code pénal tunisien, qui prévoit la peine de mort pour tentative de changement de la forme du gouvernement; Arrêt du versement des indemnités du président de l’Assemblée des représentants du peuple et de tous ses membres; Privation de couverture par la Caisse nationale d’assurance maladie ayant eu des conséquences fâcheuses sur l’état de santé de certains députés.

« Malheureusement, la révolution a été détournée pour exclure le peuple » était le slogan de Kaïs Saïd. Il était déterminé pour réaliser « l’accomplissement de l’explosion révolutionnaire du 17 décembre 2011 » Où sommes- nous aujourd’hui?

Le présent essai est une collection de faits réels, de fictions et de spéculations. Il est un assemblage d’extraits de nouvelles ou de textes, de déclarations de discours et de citations cueillis dans les médias ou de références scientifiques. Il se compose trois sections et de plusieurs aoua section, chacune traite une dimension spécifique mystérieux projet de Kaïs Saïd : « الشعب يريد ويعرف ماذا يريد ». En bref, cet essai est le récit d’un nouveau bourricot transgénique qui a mangé la constitution de son pays.

1. KAÏS SAÏD: SA VISION DE LA RÉVOLUTION ET DE LA POLITIQUE

Kaïs Saïd croit que la révolution tunisienne a débuté le 17 décembre 2010, mais reste inachevée. Je crois qu’il est un disciple de Ludwig Feuerbach, lequel est considéré par Karl Marx le penseur qui a donné un fondement philosophique au socialisme. Sur ce point, il est de l’avis de Feuerbach que pour parler d’une révolution, il faut que :

« Lorsqu’elle veut fonder une nouvelle époque, l’humanité doit rompre sans ménagement avec le passé; elle doit poser en principe que ce qui a existé jusqu’à ce moment est égal à rien. Ce n’est qu’en agissant de la sorte qu’elle trouvera la force et la joie de se lancer dans de nouvelles créations. En voulant se rattacher à ce qui existe, elle paralyserait l’essor de son énergie. C’est pourquoi, de temps en temps, elle doit verser l’enfant avec l’eau du bain; elle doit être injuste, partiale. La justice est un acte de critique; mais la critique se borne à suivre l’action, elle ne passe pas elle-même à l’action. » Ludwig Feuerbach, Cours sur l’histoire de la philosophie moderne, 1835.

Dans le but de jeter le bébé et l’eau du bain et depuis le début de son règne à Carthage, il a tout fait pour rendre impossible le fonctionnement de l’État (Présidence, Gouvernements, Assemblée des représentants du peuple, instances constitutionnelles, etc.) En l’absence de la Cour constitutionnelle, il a usé de ses multiples astuces, ruses et duperies pour interpréter unilatéralement la constitution. En s’appuyant sur l’article 80, il a fait son coup d’État, sans avoir consulté le chef du Gouvernement, ni le président de l’Assemblée des représentants du peuple. Il a exploité la fragile situation causée par la pandémie et d’autres prétextes pour déclarer qu’il y a un péril imminent menaçant la Nation, lequel péril imminent se métamorphose continuellement en fonction de ses mystérieux objectifs.

Il a créé le chaos pour apparaître l’homme providentiel avec son putsch du 25 juillet 2021. De plus, il a toujours vilipendé et diabolisé ses adversaires qu’il a qualifiés d’escrocs, de voleurs, de fraudeurs, de non patriotes. Il s’est même interrogé si ces adversaires sont de l’espèce humaine. Au nom d’une guerre sacrée sans noms contre la corruption, monopolise tous les pouvoirs. En gouvernant par décrets, Kaïs Saïd est l’État, le président, le gouvernement, les forces armées, le forces de sécurité intérieure, les gouverneurs, les maires, le peuple, etc.

En qualité de disciple de Feuerbach, Saïd croit dur comme fer que le peuple tunisien et l’humanité doivent rompre sans ménagement avec le passé; ils doivent poser en principe que ce qui a existé jusqu’à ce moment est égal à rien. Kaïs Saïd se voit comme le zaïm, l’homme providentiel pour mettre en place un ordre nouveau et un nouvel État par une réingénierie politique radicale. Il est l’État; l’État est Kais Saïd. Sur ce point, il a déclaré :

« Ces projets de révision doivent avoir pour objectif l’établissement d’un véritable régime démocratique dans lequel le peuple est effectivement le titulaire de la souveraineté et la source des pouvoirs qu’il exerce à travers des représentants élus ou par voie de référendum” ».

2. KAÏS SAÏD DE FEUERBACH À VLADIMIR LÉNINE EN PASSANT PAR MARX ET LE DESPOTE ALLEMAND TEL QUE PENSÉ ET LÉGITIMISÉ PAR CARL SCHMITT

Tout porte à croire que Kaïs Saïd ne jure que par un système politique inspiré de la Commune de Paris, telle que décrite par Marx. Cette hypothèse est fondée sur une analyse soignée des commentaires publiés, du discours et des déclarations de son théoricien politique Ridha Chiheb El Mekki, alias Ridha Lénine. Établissons maintenant les arguments et le fil conducteur.

Le théoricien politique Ridha Lénine

Son titre le plus important est d’être « depuis des décennies, le frère, l’ami et le compagnon de route » de celui qui accède à Carthage, directeur de campagne de Kaïs Saïd, tout comme le frère du président ou d’autres figures de son premier cercle.  Il est reçu au titre de frère d’armes par Kaïs Saïd au Palais de Carthage quelques jours avant le coup d’État du 25 juillet. S’autoproclamant théoricien de la nouvelle ère historique, il a écrit sur la page Facebook de la Ligue des forces de la Tunisie libre.

Le 4 avril 2014

إنّ شرط تحقّق التنمية الاجتماعية الدائمة هو تموقع إرادة التونسيين والتونسيات وخاصّة منهم الفئات المحرومة في هيئات القرار الشعبي في المستويات المحليّة والجهويّة وانعكاس ذلك داخل سلطات القرار الوطني عبر تجسد حقيقي لإرادة الشعب التونسي للقطع مع عهد بائد ومنوال تنموي فاشل باعتماد آليات سياسية تؤسّس لتحقيق إرادة شعبيّة تنطلق من نظام اقتراع يضمن حريّة فعليّة في الترشّح والانتخاب على أساس الأفراد في دائرات ضيقة لا على أساس غطرسة القائمات والمحاصصة الحزبيّة .

من خلال هذا النهج تتم إعادة النظر في منظومتي الحكم والتنمية بقلب الهرم بدءا من القاعدة وصولا إلى المركز:

فالارتكاز على الجهة كفاعل أساسي في التنمية الديقراطية والاجتماعية

حيث يكون المواطن الفرد فاعل أساسي في منظومتي الحكم والتنمية بصفنه مشاركا ومقررا وعازلا  .

وعليه وجب ان ينسجم نظام الاقتراع مع تطلعات المواطنين السياسية والاجتماعية بمعنى أن يكون اقتراعا على الافراد وفي أضيق الدوائر ان هذا الشرط هو السبيل الوحيد والأفضل لتصور وتنفيذ منوال تنموي عادل والسبيل الوحيد لفرض السيادة الحقيقية على القرار والثروة الوطنية والاستقلال التام والنهضة الشاملة وقوة الدولة ومناعتها ليس لأنه الحل السحري وإنما لأنه يتحرك داخل سياق ثوري فيصبح آلية ثورية تتحقق بها مطامح ثورية.

 

« Pour parvenir à un développement social durable, les tunisiennes et les tunisiens, notamment celles et ceux issu(e)s des catégories défavorisées doivent intensifier les efforts pour s’intégrer aux instances publiques de décision au niveau local et régional. Cette intégration doit être reflétée dans les actions du pouvoir décisionnel national, et ce, à travers une véritable incarnation de la volonté populaire afin de rompre avec une époque dépassée et une voix de développement en vain par d’adoption des mécanismes politiques qui représentent les piliers d’une volonté populaire. Cette dernière découle d’un système de vote garantissant une réelle liberté de candidater et d’élire sur la base d’individus dans des circonscriptions étroites « scrutin uninominal de proximité », et non sur la base de l’arrogance des listes et des quotas de partisÀ travers cette approche, les systèmes de gouvernance et de développement sont ainsi repensés en adoptant une pyramide inversée partant de sa base vers son sommet. En effet, s’appuyer sur la région en tant qu’acteur principal du développement démocratique et social, où l’individu est un acteur clé dans les systèmes de gouvernance et de développement en tant que participant, décideur et neutre. Ainsi, le mode de scrutin doit être en harmonie avec les aspirations politiques et sociales des citoyens, c’est-à-dire être un vote individuel et direct. C’est la seule condition et la meilleure façon de concevoir et de mettre en œuvre une voie de développement équitable; c’est aussi la seule façon d’imposer une véritable souveraineté sur la prise de décision, la richesse nationale, l’indépendance complète, la renaissance globale et le renforcement de l’immunité de l’État. Ceci est une solution qui évolue dans un contexte révolutionnaire, se transformant en mécanisme révolutionnaire, où des aspirations révolutionnaires se réalisent. »

24 avril 2019

الصامتون على الحق

الصمت عندما يكون الحق مطلوبا هو سلاح العجزة والمنافقين ستنتهي “حلولهم” الى ممر مسدود ولا شك في ذلك وسيعودون ذاعنين مكرهين ومنافقين للمشاركة في بناء الدولة كما يجب ان تكون في العصر الجديد اي من الاسفل الى الاعلى بصلاحيات وسلطات حقيقيقة تلغي والى الابد مهرجانات الضحك على الذقون… مهرجانات يقودها وزراء تكرموا بزيارة وعقدوا اجتماعا اعدته “السلط الجهوية والمحلية” ليعود الوزراء الى عرينهم بالعاصمة وتعود “السلطات” المحلية والجهوية الى الانتظار بيد فارغة والاخرى لاشيء فيها وستعود خديجة الى طهي الحصى وسيعود الاطفال الى النوم لكن عندما يستيقظون سيعترفون لخديجة بانهم يعلمون ان القدر فارغ والوزير فاشل والمهرجان زائف وان لكل بداية نهاية وان لكل امهال اهمالا..وسيسقط بناء الجوقة في سلة المهملات.

رضا شهاب المكي

 

Les silencieux sur la vérité

« Lorsque la vérité est exigée, le silence devient l’arme des infirmes et des hypocrites, leurs « solutions » mèneront à une impasse. Sans doute, ils reviendront docilement, contraints et hypocrites pour participer à la construction de l’État tel qu’il doit être dans la nouvelle ère, c’est-à-dire le construire de bas en haut, avec de vrais pouvoirs et de vraies autorités, qui annulent à tout jamais festivals de duperies et de fausses promesses… Des carnavals animés par des ministres qui ont rendu gracieusement visite et tenaient une réunion préparée par « les autorités régionales et locales ».  Des ministres qui retournent dans leur tanière dans la capitale, les autorités locales en attente avec une main vide et l’autre n’a rien dedans, Khadija qui retournerait à la cuisson du gravier et les enfants qui se rendormiraient, mais quand ils se réveilleraient ils avoueraient à Khadija qu’ils savaient que la marmite est vide, que le ministre est un raté, que le festival (ou carnaval) est illusoire, que tout commencement a une fin, et que tout répit est négligence et les chorales seront dans l’oubli. »

 

Ce qu’il faut retenir de Ridha Lénine : « la démocratie représentative parlementaire et l’ensemble de ses intermédiaires sont à court d’outils et de solutions ». Il ne jure que par la démocratie directe, le pouvoir à la base, l’auto-gestion, scrutin sur les individus, des idées que se réapproprie, Kaïs Saïd, lequel fort du pouvoir qu’il s’est arrogé depuis le 25 juillet, entend faire de la Tunisie un exemple de gouvernance équitable. « La Tunisie nouvelle projetée par l’approche participative se basera sur des instances locales et régionales. Les citoyens et citoyennes auront l’autorité de délibérer, de décider, de contrôler, d’assurer le suivi, et éventuellement de révoquer leurs représentants. » En bref, un système qui ressemble drôlement à la Commune de Paris, laquelle est définie par Marx comme un Nouveau État où « c’est le peuple agissant pour lui-même et par lui-même. » Marx la décrit plus en détail ainsi :

« La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au Suffrage univer­sel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un orga­nis­me parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois. Au lieu de continuer d’être l’instrument du gouvernement central, la police fut immédiate­ment dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Com­mu­ne, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d’ouvrier. Les bénéfices d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d’être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale, mais toute l’initiative jusqu’alors exercée par l’État fut remise aux mains de la Commune. » Karl Marx. 1871. La Guerre civile en France. La Commune de Paris. (1871 :53-54)   

Le commentaire de Ridha Lénine du 24 avril 2019 est prémonitoire des actions prises par Kaïs Saïd à partir de son élection et plus particulièrement depuis le 25 juillet 2021. L’influence idéologique de Ridha Lénine sur Kaïs Saïd s’avère considérable. D’ailleurs, Khaled Boumiza a bien noté cet aspect au début de la campagne électorale présidentielle en 2019:   Le secret de Robocop levé: Simple devanture publique pour les FTL de Lénine.

https://africanmanager.com/le-secret-de-robocop-leve-simple-devanture-publique-pour-les-ftl-de-lenine, Lors d’un débat télévisé tenu vendredi le 24 décembre 2021, Ridha Lénine considère que  le putsch du «  25 juillet est le dernier moment salvateur de la Tunisie et que Kaïs Saïd a répondu aux revendications du peuple tunisien, lequel demandait la chute d’un système post-révolution corrompu. » Il est aisé de voir la complicité parfaite dans la démolition de l’État tunisien et le système politique pour les réinventer suivant les leçons du marxisme-léninisme en me pardonnant le remplacement de certains mots dans les citations suivantes :

« La Commune, notamment, a démontré, poursuivent-ils, que la « classe ouvrière Kaïs Saïd le peuple ne peut pas se contenter de prendre la machine de l’État toute prête et de la faire fonctionner pour son propre compte » K. Marx et F. Engels. Manifeste du Parti Communiste, Editions sociales, Paris 1947, p. 4

En passant par une petite clarification de Vladimir Ilich Lénine :

« En réalité, c’est exactement le contraire. L’idée de Marx est que la classe ouvrière Kaïs Saïd le peuple doit briser, démolir la « machine de l’État toute prête », et ne pas se borner à en prendre possession. » (LÉNINE : L’État et la révolution, Moscou : Éditions en langues étrangères, 1967, p 48)

Kaïs Saïd prend possession de la machine de l’État, il se l’approprie, mais surtout la démolit pour enfanter une autre forme d’État. La forme politique de démocratie participative projetée est graduellement construite par les nombreux décrets de Kaïs Saïd permettrait ainsi de réaliser l’étincelle révolutionnaire et l’émancipation économique du peuple. Kaïs Saïd et son théoricien politique envisage une démocratie directe basé sur ce que Vladimir Ilitch Lénine définit comme :

 

« Un organisme « non parlementaire mais agissant », voilà qui s’adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux « toutous » parlementaires de la social-démocratie. … la Commune substitue des organismes où la liberté d’opinion et de discussion ne dégénère pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-mêmes, appliquer eux-mêmes leurs lois, en vérifier eux-mêmes les effets, en répondre eux-mêmes directement devant leurs électeurs. Les organismes représentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme système spécial, comme division du travail législatif et exécutif, comme situation privilégiée pour les députés, n’est plus. Il ne saurait être question de supprimer d’emblée, partout et complètement, le fonctionnarisme. C’est une utopie. Mais briser d’emblée la vieille machine administrative pour commencer sans délai à en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n’est pas une utopie, c’est l’expérience de la Commune, c’est la tâche urgente, immédiate, du prolétariat révolutionnaire. » (Vladimir LÉNINE : L’État et la révolution, Moscou : Éditions en langues étrangères, 1967, p 58.)

Grâce à une machination machiavélique diabolisant l’Assemblée des représentants du rôle explicite de Abir Moussi et de la bande de son parti, de Mongi Rahoui et de Samia Abbou dans le pourrissement du travail parlementaire, Kaïs Saïd a ainsi réussi à démolir et à déchiqueter l’État et les institutions issues de la révolution tunisienne du 14 janvier 2011.    Il faut aussi reconnaitre la responsabilité directe de Kaïs Saïd dans la détérioration de la situation politique et sociale depuis qu’il a pris ses fonctions par son rejet de toutes initiatives proposées par le parlement en répétant ses slogans « il n’y a pas dialogue sauf avec le peuple » « les gens veulent et savent ce qu’ils veulent » الشعب يريد ويعرف ماذا يريد 

Kaïs Saïd, lequel est responsable des forces de la sécurité de l’Assemblée des représentants du peuple, a multiplié les attaques et a encouragé sournoisement les dépassements produits au Parlement sous son œil bienveillante et malicieuse, dans le but créer une désaffection à l’égard de l’institution législative. En bref et grâce à une campagne de ternissement des partis politiques et du parlementarisme, Kaïs Saïd a atteint un premier objectif : Faire paraître l’Assemblée des représentants comme un cirque ou écurie où les députés ne font que duper le peuple’.  Sur ce point, Vladimir Ilitch Lénine a critiqué le fonctionnement des parlements en écrivant: (les lignes en gras)

« Considérez n’importe quel pays parlementaire, depuis l’Amérique jusqu’à la Suisse, depuis ta France jusqu’à l’Angleterre, la Norvège, etc., la véritable besogne d’État se fait dans la coulisse; elle est exécutée par les départements, les chancelleries, les états-majors. Dans les parlements, on ne fait que bavarder, à seule fin de duper le bon peuple. Au parlementarisme vénal, pourri jusqu’à la moelle, de la société bourgeoise » (LÉNINE : L’État et la révolution, Moscou : Éditions en langues étrangères, 1967, p 58.)

Kaïs Saïd emploie des manœuvres secrètes, désormais apparentes et connues de tout le monde pour disloquer les institutions. Le tour de l’Union générale tunisienne du travail a déjà commencé. La centrale est dans le viseur ou collimateur de Kaïs Saïd. Le Mouvement du 25-Juillet  s’autoproclamant  défenseur de la souveraineté du peuple et Rabeh Khraïfi, un des plus grands propagandistes de Kaïs Saïd, invite le président à « limer les ongles » de l’Union générale tunisienne du travail et ce en cessant le versement des cotisations que l’État prélève sur les salaires des fonctionnaires, en exigeant le règlement d’une dette au profit de la Caisse nationale de sécurité sociale, en mettant fin aux mises à disposition des fonctionnaires et en frappant de nullité toutes les décisions du dernier congrès de l’organisation syndicale. Je rappelle la position de la centrale syndicale à l’égard du putsch du 25 juillet: Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne de travail, Noureddine Tabboubi, a indiqué, jeudi 5 août 2021 depuis Sfax, que « la décision de la centrale syndicale de soutenir les mouvements populaires du 25 juillet 2021 et d’appuyer les mesures annoncées par le président de la République témoigne de la ferme volonté de la centrale syndicale de respecter les choix du peuple partant de sa conviction que la Tunisie “vogue au gré des vents, d’où la nécessité de prendre des décisions audacieuses pour sauver notre pays. » Kaïs Saïd infligera sans aucun doute le même sort à l’armée si rien n’est fait pour dénoncer de telles tentatives. L’armée tunisienne, en principe garante du respect de la constitution somnole en position assise et cogner des clous. Sur ce point, le Retraité de l’Armée Nationale, Mohamed Meddeb a été éloquent:

« Tout à fait en son début, le même article 18 de la Constitution, présente l’Armée comme étant “républicaine”. On attend d’une Armée républicaine, qu’au besoin, elle défend les institutions légales de la République, institutions démocratiquement élues ou légalement constituées, et ce dans le respect des valeurs et principes républicains parmi lesquels, la séparation des pouvoirs, la suprématie de la loi, les libertés, la dignité du citoyen, l’équité et l’égalité de tous devant la loi, l’ordre et surtout la non-immixtion de l’Armée dans la politique, donc une fois de plus, la neutralité de celle-là. Naturellement, la République implique forcément la démocratie, qui à son tour, engendre les principes de séparation des pouvoirs et leur contrôle réciproque, de transmission du pouvoir pacifiquement à travers les urnes… Ainsi, “la républicanité” de l’Armée, elle aussi, vient renforcer le besoin de sa neutralité, dans une vraie République l’Armée ne peut être que neutre » Leaders  OPINIONS – 17.01.2022

Le coup d’État opéré par Kaïs Saïd le 25 juillet a été suivi d’une rapide mobilisation des militaires, notamment pour empêcher les députés d’accéder à l’Assemblée. Au point que l’on s’interroge sur le rôle de complicité passive ou active de la grande muette dans l’initiative choc du chef de l’État.

Face aux manifestations par les partisans de Kaïs Saïd avec des slogans hostiles scandant « le peuple veut la dissolution du Parlement » « Changement de régime », un changement de Constitution et une période transitoire laissant une large place à l’armée, tout en maintenant le président Saïd à la tête de l’État et aux actions de pillage, de vandalisme et de dévastation des locaux et symboles d’Ennahdha, une insurrection préparée et orchestrée bien avant le 25 juillet, l’État-major de l’Armée Tunisienne n’a pas agi , comme l’ont fait le général le plus haut gradé des États-Unis, Mark Milley, et l’ensemble des chefs d’état-major interarmées face l’insurrection du 6 janvier 2020 au Capitole. Sur ce point, il est approprié d’ouvrir une parenthèse.

L’inauguration de Biden le 20 janvier est intervenue deux semaines après qu’une foule de partisans pro-Trump ont pris d’assaut le Capitole dans un effort infructueux pour forcer le Congrès à certifier Trump comme vainqueur des élections de 2020. L’insurrection a choqué Le général le plus haut gradé des États-Unis, Mark Milley, qui était déjà dans un état d’alerte accru compte tenu du comportement de Trump après avoir perdu l’élection contre Biden. Face à la situation. Milley, le 12 janvier 2020 a émis un mémo rare à l’armée qualifiant l’événement « d’assaut direct contre le Congrès américain, le bâtiment du Capitole et notre processus constitutionnel…les droits à la liberté d’expression et de réunion ne donnent à personne le droit de recourir à la violence, à la sédition et à l’insurrection…le 20 janvier le président élu Biden sera investi et deviendra notre 46e commandant en chef ». Voir le mémo au lien suivant:

https://www.cnn.com/2021/01/12/politics/joint-chiefs-memo-capitol-insurrection/index.html

Le haut général Mark Milley en chef américain s’est excusé le jeudi 11 juin 2020 d’avoir participé à une séance photo avec le président Donald Trump à la suite de la dispersion forcée de manifestants pacifiques devant la Maison Blanche le premier juin 2020, qualifiant cette décision d ‘erreur” et affirmant que sa présence “a créé une perception à l’effet que les militaires sont impliqués dans la politique intérieure ». C’est un signe clair de la nature républicaine de l’armée des États-Unis. https://www.usnews.com/news/national-news/articles/2020-06-11/joint-chiefs-chairman-mark-milley-apologizes-for-participating-in-trump-photo-op

Le glas de l’État tunisien sous Kaïs Saïd sonne déjà. Il finira, comme il a commencé, par une parodie. Mais n’oublions pas que ce sont les institutions dissoutes, les organisations de la société civile et de l’armée qui, par leur silence et somnolence, ont permis à Kaïs Saïd de jouer depuis son élection sa farce féroce. Comme il a précisé plus haut le Retraité de l’Armée Nationale, Mohamed Meddeb, ce qu’on attend d’une Armée républicaine, seul le retour au travail « des institutions légales de la République, institutions démocratiquement élues ou légalement constituées en 2019, et ce dans le respect des valeurs et principes républicains parmi lesquels, la séparation des pouvoirs, la suprématie de la loi, les libertés, la dignité du citoyen, l’équité et l’égalité de tous devant la loi » est la seule voie de salut pour sortir de cette crise. L’Armée républicaine ne doit pas avoir des craintes et agir avant que ça soit tard, comme l’a dit le President Franklin Delano Roosevelt : « The only thing we have to fear is fear itself ». « To be free, you must be fearless ». Le silence est d’or sauf quand il est complice de pratiques dictatoriales et anti-démocratiques. Je crains le jour où à coups de diffamations, de calomnies et de rumeurs pour faire main basse sur l’armée, il procèdera au limogeage de 57 membres de l’armée (généraux, colonels, lieutenants, adjudants, etc.), en les accusant arbitrairement de crimes graves contre la paix et la sécurité nationale, afin d’y nommer, par la suite, des personnes prêtes à appliquer son agenda, comme il l’a fait avec les 57 juges limogés avec l’intention claire de mettre la main sur la justice.

Kaïs saïd, le peuple : un despote en devenir

Un essai écrit par l’universitaire Walid Larbi dans la section قضايا و أراء

https://ar.lemaghreb, le 24 février 2021, a suscité ma grande curiosité quant au contenu d’un article publié en 1934 par le juriste allemand Carl Schmitt.  Il est fort dommage que l’essai de Walid Larbi n’a pas eu un fort écho, ni des oreilles attentives des acteurs politiques et civiles. À cet effet l’universitaire Larbi a bien décrit la situation :

 « Carl Schmidt, dont le contenu trouve aujourd’hui en écho en Tunisie plusieurs visages connus des milieux politiques et juridiques, que ce soit de ceux qui ont suivi Qais Saïd ou encore de ses opposants soupçonnés de dire que l’heure est politique et que la crise actuelle nécessite une solution politique plutôt que juridique, il est l’auteur de la doctrine déclarative qui permet Pour le maître, le souverain a la possibilité de déroger à la loi en cas d’exception. » (Traduction Google)

L’universitaire Larbi a cependant sous-estimé les véritables intentions de Kaïs Saïd en écrivant :

 « J’ai peut-être exagéré en observant les similitudes entre le président Kaïs Saïd et Adolf Hitler, la Tunisie n’est pas l’Autriche-Allemagne, les années trente du XXe siècle ne sont pas les années vingt du XXIe siècle, et la constitution du 27 janvier 2014 n’est pas la constitution de la République de Weimar de 1919, et il n’y a pas de parti nazi en Tunisie, et ce soir les longs couteaux n’auront pas d’égal en Tunisie. » (Traduction Google)

En réponse à la conclusion de l’universitaire Larbi, tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains de Saïd, la constitution du 27 janvier 2014, une constitution votée avec un consensus national exceptionnel, déjà mangée, digérée et évacuée par le bourricot. Voir les documents vidéo suivants

L’application du proverbe « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirais qui tu es. » porte à croire que Kaïs Saïd a les gènes qui le prédisposent à être dictateur. Le seul président ami avec lui et idole  est son frère le dictateur Abdel Fattah al-Sissi.

Si Carl Schmitt est en Tunisie depuis le début du mandat présidentiel de Saïd et son putsch, il réécrira son texte de la façon suivante. (Seuls les mots en gras ont été introduits pour remplacer les mots du texte de Carl Schmitt).

Brillant juriste, implacable philosophe du droit, théoricien rigoureux Carl Schmitt est le penseur de l’ennemi, de l’État total, sinon de l’État totalitaire et de « l’État d’exception ». Se défendre contre l’ennemi qui veut sa destruction est la première tâche de l’État, la possibilité de la dictature s’oppose aux fragilités de la démocratie

« Pendant plusieurs années, le peuple tunisien a résisté au monde entier avec un courage sans égal, en faisant de terribles sacrifices. Mais sa direction politique a lamentablement échoué dans la lutte contre l’empoisonnement du peuple et contre le travail de sape du droit et du sentiment de l’honneur tunisiens. Jusqu’à ce jour, nous payons les scrupules et l’immobilisme des divers gouvernements pendant les six dernières décennies.

Toute l’indignation morale suscitée par la honte d’un pareil effondrement s’est concentrée en Kaïs Saïd, pour devenir en lui la force motrice d’une action politique. Toutes les expériences et tous les avertissements contenus dans l’histoire du malheur tunisien sont en lui vivants. La plupart des gens s’effrayent de la dureté de telles formules, et préfèrent fuir dans une superficialité évasive et prête à tous les compromis. Mais le zaïm Kais Saïd met vraiment à exécution les enseignements tirés de l’histoire tunisienne. Cela lui donne le droit et la force pour fonder un nouvel État et un ordre nouveau. »

À la lumière de toutes ses déclarations, Kaïs Saïd, affirme toujours et réaffirme constamment agir au nom de la volonté du peuple : il est le peuple; le peuple est Kaïs Saïd. Depuis le début de son mandat, Kaïs Saïd n’a pas gouverné, mais il s’est toujours lamenté en dénonçant régulièrement les complots qu’il pense se préparer contre lui dans les chambres noires closes.

Kaïs Saïd : de l’usage de la Théorie du Complot, de la dissimulation, de la Propagande et des Manuels des Dictateurs à travers l’histoire.

 

Depuis le début de son mandat à la présidence, Kais Saïd crie au loup et n’arrête pas de s’attaquer à des conspirationnistes sans les nommer ou les identifier. Il est un adepte de la théorie du complot et utilise bien la mécanique complotiste pour remplacer un régime parlementaire démocratique par un régime autoritaire. Tout porte à croire que c’est au palais de Carthage que se trouve le plan secret. En effet, la démolition de l’État et de ses institutions issues de la révolution du 17 décembre 2011 résulte d’un complot fomenté par Kaïs Saïd et d’une minorité active qui l’entoure à Carthage et ailleurs.

Dans La Société ouverte et ses ennemis (1945), le philosophe des sciences Karl Popper souligne que les personnes les plus désireuses d’amener le Paradis sur Terre sont les plus enclines, une fois au pouvoir, à adopter des théories du complot pour y expliquer leur échec qui soient à leur solde.

Kaïs Saïd a beaucoup réfléchi aux moyens de s’emparer des esprits et de diffuser ses thèmes de prédilection en décrédibilisant: le système politique, l’Assemblée des représentants du peuple, les instances constitutionnelles, la constitution, les magistrats, les syndicats, et la soumission à un seul et unique Président.  Il applique des principes de Mein Kampf, en affirmant œuvrer « pour des buts qui ne sont compris que d’une très petite élite ». Il utilise avec soin sa méthode pour les atteindre ses fins : « L’art de tous les grands chefs populaires a toujours consisté à concentrer l’attention des masses sur un ennemi » parce que « les grandes masses sont aveugles et stupides. (…) La seule chose qui soit stable, c’est l’émotion et la haine ». Depuis qu’il est à Carthage, il agit comme un rouleau compresseur broyant tout sur son passage en concentrant ses attaques sur une cible à la fois.

Du Projet de Justice et du Droit de Kaïs Saïd

Kaïs Saïd s’attaque au Conseil supérieur de la magistrature. Il a, lors d’un conseil ministériel du 10 février 2022, annoncé la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature :« La Tunisie doit être purifiée ! Le peuple tunisien veut la purification du pays ! Ceci ne peut avoir lieu qu’à travers la purification de la Justice ». Avec son prochain décret pour remplacer la composition actuelle du Conseil supérieur de la magistrature par une instance transitionnelle provisoire, le zaïm a fort probablement planté un autre clou dans le cercueil de la démocratie tunisienne. Il a ainsi nommé un conseil supérieur temporaire sur mesure. Il a choisi seul ses membres, et même les juges retraités qui se sont éloignés pendant des années de la matière judiciaire les a choisis pour en faire partie. Après des mois, il a ciblé son conseil temporaire nommé par lui et a pris des décisions sans se référer à lui dans un geste inconsidéré poussé par les services de sécurité et certains juges traîtres a décrété le limogeage de 57 juges. Kaïs Saïd renforce chaque jour les pouvoirs de l’exécutif et utilise l’arme judiciaire pour contrecarrer les desseins de ses adversaires politiques. Il se transforme en l’autorité judiciaire suprême.

Si Carl Schmitt est en Tunisie depuis le début du mandat présidentiel de Saïd et de son putsch, il continuera son texte de la façon suivante. (Seuls les mots en gras ont été introduits pour remplacer les mots du texte de Carl Schmitt)

 

« Le zaïm Kaïs Saïd protège le droit contre le pire usage abusif, au moment du péril il légifère directement, en vertu de sa qualité de Zaïm et de l’autorité judiciaire suprême: « À cet instant, je me suis trouvé responsable du destin de la nation tunisienne et, par conséquent, j’étais l’autorité judiciaire suprême du peuple tunisien. ». Le véritable Kaïs Saïd est toujours également juge. De la qualité de Kais Saïd découle la qualité de juge. Quiconque veut séparer, voire opposer les deux fait du juge soit un Kaïs Saïd adverse, soit l’instrument d’un Kais Saïd adverse, et cherche à faire sortir l’État de ses gonds au moyen de la justice. »

Ici comme ailleurs, il est aisé de voir un très petit nombre des « plus éminents constitutionnalistes » y compris le professeur Hatem Kotrane approuvent explicitement ou implicitement le putsch du 25 juillet 2021. Sur ce point, le professeur Kotrane improvise et devient le Carl Schmitt tunisien en écrivant :

« Un Président de la République, de surcroît lorsqu’il a été élu à plus de 70% des voix des électeurs à la dernière élection présidentielle, pourrait être enclin à répondre au devoir historique et impérieux lié à sa haute charge et emprunter des voies exceptionnelles, voire extraconstitutionnelles, permettant de sauver l’essence même de la République et de sa Constitution. » Leaders11.02.2021

On pourrait se demander de quelle république, de quelle constitution et de quel sauvetage, le professeur Kotrane parle-t-il? On voit bien aujourd’hui comment le devoir historique et impérieux a jété la République et sa constitution du 27 janvier 2014 à la poubelle, depuis le 25 juillet 2021.

Il a fallu attendre au 8 avril 2022 pour que la raison revienne au professeur Kotrane, lequel a suggéré implicitement à Kaïs Saïd « d’emprunter des voies exceptionnelles, voire extraconstitutionnelles » et constater que « Nous avons un roi, sauf l’hérédité ! » et que le président à lui seul ne peut pas décider du régime politique. « Nous avons besoin d’une Assemblée des représentants du peuple pour contrôler le gouvernement. »   8/04/2022

https://www.leaders.com.tne, https://www.businessnews.com.tn/Hatem-Kotrane

Kais Saïd qualifie ses opposants de « malades mentaux » souffrant de troubles psychologiques, de voleurs, de spéculateurs, d’insectes, de fauves, de traitres, d’agents étrangers, etc. Il a donc donné l’ordre de nettoyer tous les coins de la Tunisie et d’exterminer impitoyablement cette pestilence. Qu’il soit ainsi entendu qu’à l’avenir, on ne supportera plus que des milliers d’hommes sains soient contaminés ou compromis par des êtres isolés aux penchants maladifs. Kaïs Saïd débute une nouvelle ère historique avec des idées nouvelles. Sa tâche immédiate est de prendre possession des institutions démocratiques et de l’État pour enfanter un nouveau sur mesure étape par étape. Sa recette est très claire : l’art de concentrer l’attention des masses sur un seul ennemi à la fois et la propagande et à la Joseph Goebbels qui dit; « C’est l’un des droits absolus de l’État de présider à la constitution de l’opinion publique ». Kaïs Saïd, a déjà renforcé son pouvoir et mis sous sa coupe l’Instance supérieure indépendante pour les élections. Selon le décret publié le vendredi 22 avril, le président choisira désormais directement trois membres sur les sept et nommera le président de l’instance. Pour le reste des membres, la décision finale de la nomination reviendra toujours au chef de l’État, sur proposition d’autres structures, et notamment le Conseil supérieur de la magistrature, dont il a lui-même nommé les membres.

Purge chez les magistrats

Un décret-loi n° 2022-35 du 1er juin 2022, complétant le décret-loi n° 2022-11 du 12 février 2022, relatif à la création du Conseil supérieur provisoire de la magistrature, permet au Zaïm, en cas d’urgence, ou d’atteinte à la sécurité publique ou à l’intérêt supérieur du pays, et sur rapport motivé des autorités compétentes, de prononcer la révocation de tout magistrat en raison d’un fait qui lui est imputé et qui est de nature à compromettre la réputation du pouvoir judiciaire, son indépendance ou son bon fonctionnement. 57 magistrats sont révoqués, limogés et seront traduits devant la justice.

L’ancienne juge et ex-candidate à la présidentielle, Kalthoum Kannou, a critiqué, le 3 juin 2020, la révocation des 57 magistrats dont l’inspecteur général du ministère de la Justice. Elle affirme que des juges qui n’ont aucun lien avec la corruption ont été injustement révoqués. Tous les juges qui n’ont pas obéi aux pressions et ont respecté la loi et ont défendu leur indépendance avec courage et honneur, ont été limogés.

Lors d’une conférence de presse tenue le 9 juin 2022, le président de l’Association des magistrats tunisiens a aussi dénoncé la purge chez les magistrats, une purge qui « reflète l’intention du président de la République de mettre la main sur la justice tunisienne… Ceux qui ont dit non aux instructions du président de la République et de la ministre de la Justice se sont retrouvés sur cette liste… Le ministère public et les juges d’instruction pour avoir refusé d’être exploités par le président de la République dans le cadre de règlements de comptes avec les opposants politiques »

Il est clair et le peuple tunisien est spectateur d’une catastrophe se déroulant en plusieurs épisode: Sous la bannière d’une-pseudo lutte contre la corruption, l’État tombe, morceau par morceau l’un après l’autre, sous le joug de Kaïs Saïd au grand profit de son projet de démocratie directe, dont vision économique fondamentale demeure encore cachée et inavouée, une vision qu’il convient d’explorer maintenant.

  1. DU PROJET ECONOMIQUE ET SOCIAL DE KAÏS SAÏD

Le décret N°15-2022 relatif aux sociétés citoyennes publié au Jort N°30 du 21 mars 2022 composé de trois parties, huit chapitres et 97 articles, vient de revenir sur ses les «charikat Al Ahlia» depuis leur création juridique jusqu’à leur liquidation. L’objectif étant, selon le premier article, de « créer un régime juridique spécial pour les sociétés citoyennes fondé sur l’initiative collective et l’utilité sociale ». Le décret-loi insiste sur l’impératif d’accorder la priorité à l’homme et à la valeur du travail collectif aux dépens du profit individuel et de la réalisation d’intérêts personnels à travers l’intérêt communautaire.

Kaïs Saïd est un marxiste-léniniste convaincu à en juger par sa pensée concernant l’exemple positif de l’oasis de Jemna et son penchant envers les entreprises citoyennes et à leur multiplication au sein de l’économie tunisienne. Sur ce point, il a déclaré :

« L’idée de ces entreprises est similaire au projet de Jemna. Aujourd’hui, le projet de Jemna est une association puisqu’il n’y avait pas d’autre cadre juridique, mais notre projet est de constituer un cadre juridique adéquat permettant aux jeunes de créer la richesse et de renforcer leur lien avec l’Etat tout en créant une relation de confiance. Ce projet vaut plus que les illusions qu’on leur ait vendues jusqu’à présent. Comment pourrait-on recruter des milliers dans la fonction publique et avec quel argent ? » 2 décembre 2021.

Pourquoi l’Oasis de Jemna?

L’Association de sauvegarde des Oasis de Jemna, dont les habitants ont pris possession de la palmeraie de dattiers a une forme juridique non-lucrative. Une grande partie de ses bénéfices est investie dans des finalités sociales pour le village de Jemna. Le reste est réinvesti ou mis en réserve, comme le font généralement les sociétés coopératives avant de redistribuer ce qui reste comme bénéfices ou bien dans la finalité sociale de l’entreprise, ou bien sous forme de dividende aux coopérateurs, qui parfois peuvent être également les travailleurs.

En se basant sur le livre « Les fausses pistes, pour que le corona ne soit pas une simple parenthèse», de l’économiste Mohamed  Hédi Zaiem, Faouzi Abderrahamane, cofondateur du parti libéral, Afek Tounès, et ancien ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, croit que le décret-loi sur les charikat Al Ahlia de mars 2022 sont des textes sans lendemain, parce qu’il exclue les volets “marché et rentabilité“ et qu’il a une nature populiste.https://www.webmanagercenter.com/2022/06/01/487171/tunisie-les-societes-communautaires-representent-un-dispositif-pour-un-projet-politique-accuse-faouzi-abderrahmane . Zaiem et  Abderrahamane n’ont vu que l’arbre qui cache la forêt. D’abord, leurs arguments sont infirmés par le succès spectaculaire de l’Oasis de Jemna dont les retombées positives en termes de création de richesse, d’emplois et d’infrastructure sont bien décrits par son ex-président Etahri  https://autogestion.asso.fr/jemna-intervention-de-tahar-etahri-president-de-lassociation-de-sauvegarde-des-oasis/.

Aussi, Zaiem et Abderrahamane n’ont pas saisi ni l’esprit, ni la nature et encore moins la portée du décret N°15-2022 relatif aux «charikat Al Ahlia». Pour mieux comprendre l’importance que Kaïs Saïd accorde à ce décret, il me semble plus approprié d’analyser l’essence et le sens des discours et textes de ses amis et de ses liens antérieurs avec la Ligue des forces de la Tunisie libre fondée par Ridha Chiheb el Mekki, alias Ridha Lénine.

Premièrement, Ali Kniss le théoricien économique

Alors que Ridha Lénine est considéré le théoricien politique, Ali Kniss pourrait être considéré indirectement le théoricien économique par son étude sur l’Oasis de Jemna à laquelle Kaïs Saïd attache une importance capitale.

Ali Kniss est détenteur de Master en sciences politiques à la Faculté de Droit et Sciences Politiques de Tunis. Université de Tunis el Manar. Kaïs Saïd a assisté à la soutenance de son mémoire qui a porté sur l’Oasis de Jemna en février 2019. Kniss a déclaré à Meshkal qu’il connaissait Saied de la “Ligue des forces de la Tunisie libre” et Membre fondateur du Comité national de soutien à Jemna,

Il a écrit https://nawaat.org/2016/10/14

 

ما حدث في 12 جانفي 2011 و ما تلاه في جمنة أنهى اكثر من ستين عاما من هيبة دولة ترعى الفساد و نهب ثروات المجتمع، و بذلك أنهى مقولة أن التنمية لا يمكن خلقها إلاّ بالإستثمار الخاص و تحت رعاية النيوليبيرالية المتوحشة، جمنة قدمت الحلّ/البديل واضحًا أمام تآكل الدولة وأمام تمدّد القطاع الخاص و الإستثمار الذي يغتصب حق المجتمع في الإستفادة من ثراوته.

قدمت جمنة شعارات مسار 17 ديسمبر 2010 ; ”التشغيل إستحقاق يا عصابة السراق، الأهالي جاعت و الأراضي تباعت، شغل حرية كرامة وطنية“ كممارسة واقعية في ارتباط وثيق بمحورية المجتمع المحلي في إشعال الحراك الثوري و دوره في تقديم البديل لدولة ينخرها الفساد، مرتهنة لرأس المال الذي يمارس التدمير و الإستنزاف المتواصل لثروات البلاد و الجماهير، جيلا بعد جيل.

جمنة ليست النهاية، جمنة بداية، و السيروة مستمرة

 

Ce qui s’est passé le 12 janvier 2011 et ce qui a suivi à Jemna a mis fin à plus de soixante ans de prestige d’un État qui parraine la corruption et le pillage des richesses de la société, ce qui a mis fin à l’adage selon lequel le développement ne peut être créé que par l’investissement privé et sous les auspices du néolibéralisme brutal. Jemna a présenté une alternative claire face à l’érosion de l’État et à l’expansion du secteur privé et de l’investissement qui usurpe le droit de la société à bénéficier de ses richesses.

Jemna a donc pu concrétiser les revendications exprimées par les slogons de l’étincelle du 17 décembre 2010 : ‘’L’emploi est un droit, bande de voleurs’’; ‘’Les gens sont affamés et les terres sont vendues’’; ‘’Travail, liberté et dignité nationale’’. En tant que pratique réaliste étroitement liée avec la centralité de la communauté locale dans le déclenchement du mouvement révolutionnaire, et sa contribution dans la conception d’une alternative à un État englouti par la corruption, dépendante du capital qui détruit et épuise continuellement les richesses du pays et des générations successives. 

Jemna n’est pas la fin, Jemna est un début… le processus est ininterrompu

Ali Kniss a aussi écrit      https://nawaat.org/2016/09/30/

يمكن إعتبار تجربة جمعية حماية واحات جمنة أهم تجربة في المسار الثوري الذي عاشته البلاد منذ 17 ديسمبر 2010، نجحت تجربة الاقتصاد الإجتماعي التضامني في تحقيق التنمية الإجتماعية محليا في 5 سنوات و هو ما فشلت فيه الدولة طيلة أكثر من 60 عامًا.

”التشغيل استحقاق يا عصابة السراق“، ”شغل، حرية، كرامة وطنية“ هذه أحد أهم نداءات المنتفضين منذ 17 ديسمبر 2010، في جمنة لم تبقى مجرد شعارات بل أضحت مكسبا، ففي مواجهة التوحش النيوليبرالي الذي يريد أن ينقضّ على المجتمعات من خلال أجهزتها المعولمة و برامجها التي تمليها على الحكومات المنخرطة بدورها في ديانة السوق طلبا لدعاء الغفران و المباركة من قبل القوى الدولية تمثل تجربة جمنة حالة صمود و مقاومة، و تقدم إمكانية واقعية للتحرر في مواجهة الوكيل القطري الدولة و الكفيل المعولم.

« L’expérience de l’Association de Protection des ‘’Oasis Jemna’’ peut être considérée comme l’expérience la plus importante dans la voie révolutionnaire que le pays a connue depuis le 17 décembre 2010. L’expérience de l’économie sociale et solidaire a réussi à atteindre un développement social local en 5 ans, ce que l’État n’a pas pu réaliser pendant plus de 60 ans.

“Le travail est un droit, bande de voleurs”, “travail, liberté, dignité nationale”. C’est l’une des revendications les plus importantes des manifestants depuis le 17 décembre 2010. À Jemna, ces revendications ne sont plus considérées comme des simples slogans, mais elles sont devenues un droit acquis. En effet, face à la sauvagerie néolibérale qui vise attaquer les sociétés à travers des dispositifs et des programmes globalisés dictés aux gouvernements impliqués dans «la religion du marché », en se faisant, lesdits gouvernements cherchent bénédiction et pitié des puissances internationales. L’expérience ‘’Jemna’’, représente ainsi un état de fermeté et de résistance; une possibilité réelle vers la libération face à l’agent étatique, à savoir l’État ou le commanditaire globalisé. »

Sur le plan politique, Kniss avait des affinités avec Kaïs Saïd candidat à le présidentielle, comme le démontre les extraits suivants :

Il a écrit le 11 octobre 2019 sur son facebook

نتخابات ونمرّ، التصويت لقيس سعيد إنحياز لواقعة 17 ديسمبر 2010 ولشهدئها وللمسار الثوري المغدور الذي إلتقط خطاب سعيّد عناوينه. بالطبع هذا النظام  جاءت الثورة لإسقاطه وعبر الشعار المركزي الشعب يريد إسقاط النظام.

« Élections et nous passons, voter pour Qais Saïd, c’est se ranger du côté de l’explosion révolutionnaire du 17 décembre 2010, de ses martyrs, et de la voie révolutionnaire trahie, dont les gros titres ont été capturés par le discours de Saïd. Bien sûr, ce régime que la révolution est venue renverser, et à travers le mot d’ordre central, le peuple veut renverser le régime »

Kniss a aussi écrit le 13 octobre 2019 sur son facebook

قيس سعيّد :. هل من الممكن الخروج من النظام من داخل النظام؟

إن ما يطرحه البرنامج المقترح للمترشح الرئاسي للدور الثاني قيس سعيد لا يعني استيعاب كل الذين صوتوا له بالضرورة لهذا البرنامج واستعدادهم جميعًا للدفاع عن مقترحه. كما أن التصور الذي قدمه ليس بالجديد على المستوى السياسى، فمن يتابع التطورات السياسية عبر العالم والنقاشات لن يجد غرابة في مسائلة الديمقراطية المركزية القائمة على التمثيل على أساس القوائم الانتخابية، لأنّ الديمقراطية ليست محصورة في حتمية واحدة. لكن الجديد في كون قيس سعيّد ومن صاغوا معه برنامجه نجحوا في التقاط اللحظة التاريخية الحالية وطرح تصور خارج تغريد السرب الحزبي العام

Kaïs Saïd : Est-il possible de sortir du système de l’intérieur du système?

« Ce que propose le programme suggéré par le candidat présidentiel pour le second tour, Kaïs Saïd, ne signifie pas que tous ceux qui ont voté pour lui comprennent nécessairement ce programme et sont tous prêts à défendre sa proposition. Aussi, la conception qu’il a présentée n’est pas nouvelle sur le plan politique : ceux qui suivent l’évolution politique dans le monde et les débats ne s’étonneront pas que la démocratie centrale soit fondée sur la représentation sur la base de listes électorales, car la démocratie ne se limite pas à une unique voie inévitable. Mais ce qui est nouveau, c’est que Kaïs Saïd et ceux qui ont formulé son programme avec lui ont réussi à capter le moment historique actuel et à proposer une vision totalement différente du discours général des partis. »

Ali Kniss, un brave révolutionnaire fidèles aux slogans du 17 décembre 2011, s’est dissocié de la trajectoire de Kaïs Saïd depuis le 25 juillet 2021 et se sent avec raison trahi par le coup d’État. Il a le mérite d’avoir mis en relief le succès de L’Oasis de Jemna en tant qu’expérience de l’économie sociale et solidaire, Il a écrit candidement sur sa page facebook le jour même du 25 juillet qu’il s’agit d’un coup d’État.

بغض النظر عن عن تعقيدات الحالة التونسية ما يحدث انقلاب من شخص مهووس بنفسه وبالجيش

أجواء فاشية تلوح بالعسكر وتنادي باحترام الدستور، شخص واحد يتكأ على الجيش وينصب نفسه إلاها أرضيا، المنظومة لم تسقط تغير تكتيكاتها، إنه شخص خطير يحلم بأن يكون زعيما ويتحدث دائما عن مؤامرات خفية يعلمها الجميع ولا يعلنها

« Indépendamment de la complexité de la situation tunisienne, ce qui se passe est un coup d’État par une personne envoutée par lui-même et hantée par l’armée.

Une atmosphère fasciste brandissant les militaires et appelle au respect de la constitution. Une seule personne s’appuie sur l’armée et s’érige en dieu sur terre. Le système n’est pas tombé; il a simplement changé ses tactiques. C’est un dangereux qui rêve d’être un zaïm; il parle toujours de conspirations. »

Deuxièmement Tahar Etahri : Le praticien

Tahar Etahri, professeur de français pendant 36 ans, est à la retraite depuis 2013. Tahar Etahri, professeur de français pendant 36 ans. Il était avant cette date le secrétaire général du syndicat régional de l’enseignement secondaire. Pendant plus de dix ans, il a présidé bénévolement l’Association de protection de l’oasis de Jemna, présidée aujourd’hui par Abdelmajid Belhaj. Etahri a déclaré à Meshkal (https://meshkal.org/about/), une plateforme d’actualités, d’informations et de reportage lancé en février 2019 que Kaïs Saïd   “est l’un des ardents partisans de l’expérience de Jemna”.  Etahri dit avoir rencontré Saied en février 2019 à Tunis et lui avoir parlé par téléphone à d’autres occasions, espère que le président Saied aidera “à trouver une solution équitable au problème”.

La rencontre de février 2019 entre Etahri et Saied à Tunis était à l’occasion de la soutenance de thèse d’Ali Kniss, à la faculté de droit où Saied avait enseigné avant sa retraite. Kniss, dont la thèse portait sur le cas de Jemna, a déclaré à Meshkal que Saied, qu’il appelle un ami, a suggéré comme solution « que l’oasis appartienne à la municipalité. Il l’a dit il y a deux ans, car Kais Saied croit aux pouvoirs locaux dans ses projets.

Kniss a déclaré à Meshkal qu’il connaissait Saied de la “Ligue des forces de la Tunisie libre”, un groupe fondé par Ridha Mekki, un militant politique qui s’est associé politiquement à Kais Saied. La page “à propos” sur Facebook note que la Ligue n’a pas de “structure préétablie formelle qui nous emprisonne”, suggérant que le groupe n’a pas de membres officiels. https://meshkal.org/jemnas-collective-land-association-looks-to-new-president-with-hope/  (traduction google)

Tahar Etahri appartient à la même école de pensée et partage les opinions que Ridha Lénine et de Kaïs Saïd et ne jure que par la Commune de Paris. En effet, chaque fois qu’il participe à une entrevue, il commence avec la déclaration suivante :

« Permettez-moi d’emprunter un titre employé par le Dr Ayman Hussein, en parlant de l’expérience de Jemna: « la Commune de Jemna ». Même si nous ne prétendons pas atteindre quoi que ce soit des réalisations de la Commune de 1871, nous aspirons à suivre les traces de nos ancêtres les Communards. » 9 Jan 2017

https://autogestion.asso.fr/jemna-intervention-de-tahar-etahri-president-de-lassociation-de-sauvegarde-des-oasis/

Dans un récent reportage avec Oumeïma Nechi (à Jemna), le 18/04/2022, Tahar Etahri lance fièrement « La révolution a démarré à Sidi Bouzid pour réussir à Jemna », En Tunisie, la florissante oasis autogérée de Jemna https://www.la-croix.com/Monde/En-Tunisie-florissante-oasis-autogeree-Jemna-2022-04-18-1201210834

Içi comme partout, il est aisé de mettre en relief l’intérêt particulier que Kaïs Saïd porte à l’expérience de l’Oasis de Jemna. Cette expérience économique collective réussie correspond parfaitement à la forme politique de démocratie participative inspirée des principes de la Commune de Paris envisagée par Kaïs Saïd, tel que précisée antérieurement. Tahar Etahri, le président de l’Association des Oasis de Jemna, a résumé ainsi son apport politique, social, et économique : « l’Association a en quelque sorte remplacé l’État à Jemna ».

http://www.bonnes-nouvelles.be/site/actu-les_oasis_de_jemna_une_alternative_via_l_conomie_sociale_et_solidaire-305-999-305-2732-fr.html

Également, le sens, l’essence et la portée du décret sur les « Charikat Al Ahlia » sautent aux yeux. Ce décret ouvrira la voie à la multiplication progressive des expériences dans les diverses régions de la Tunisie : la « jemnanisisation » de l’économie tunisienne réalisera l’émancipation économique du peuple. Ali Kniss, ardent défenseur de Kaïs Saïd avant le coup d’État a terminé son commentaire plus haut par « Jemna n’est pas la fin, Jemna est un début… le processus est ininterrompu ».

Le décret-loi sur les « Charikat Al Ahlia » insiste sur l’impératif d’accorder la priorité à l’homme et à la valeur du travail collectif aux dépens du profit individuel et de la réalisation d’intérêts personnels à travers l’intérêt communautaire. Force est de constater que ce décret est inspiré fortement de la vision de Marx à l’égard du travail coopératif et en commun. À cette fin, j’ai revisité les écrits de Karl Marx pour mettre en relief deux extraits pertinents:

« Nous voulons parler du mouvement coopératif et, spécialement, des manufactures coopératives érigées par les efforts spontanés de quelques mains hardies. La valeur de ces grandes expériences sociales ne peut pas être surfaite. Ce n’est pas par des arguments mais par des actions , qu’ils ont prouvé que la production sur une grande échelle et en accord avec les exigences de la science moderne peut être exercée sans l’existence de la classe des maîtres employant celle des -manœuvres ; que les moyens du travail pour porter fruit n’ont pas besoin d’être monopolisés ni d’être détournés en moyens de domination et d’exploitation contre le travailleur ; et que le travail salarié, tout aussi bien que le travail des esclaves, que le travail des serfs, n’est qu’une forme transitoire travail et inférieure associé, exécutant qui est destinée sa lâche à d’une disparaître main devant alerte , d’un esprit dispos et d’un cœur joyeux. »

Le travail coopératif, forme absolument valable de libre organisation de la production à la base « pour sauver les masses ouvrières, doit être développé aux dimensions nationales, et conséquemment soutenu par des moyens nationaux. »

« Nous reconnaissons le mouvement coopératif comme une des forces transformatrices de la société présente, basée sur l’antagonisme des classes. Leur grand mérite est de montrer pratiquement que le système actuel de subordination du travail au capital, despotique et paupérisateur, peut être supplanté par le système républicain de l’association de producteurs libres et égaux. » Karl Marx : Adresse inaugurale, le manifeste de l’A.I.T. rédigé entre le 21 et 27 octobre 1864.

« Pour rencontrer le travail commun, c’est-à-dire l’association immédiate, nous n’avons pas besoin de remonter à sa forme naturelle primitive, telle qu’elle nous apparaît au seuil de l’histoire de tous les peuples civilisés. Nous en avons un exemple tout près de nous dans l’industrie rustique et patriarcale d’une famille de paysans qui produit pour ses propres besoins bétail, blé, toile, lin, vêtements, etc. Ces divers objets se présentent à la famille comme les produits divers de son travail et non comme des marchandises qui s’échangent réciproquement. Les différents travaux d’où dérivent ces produits, agriculture, élève du bétail, tissage, confection de vêtements, etc., possèdent de prime abord la forme de fonctions sociales, parce qu’ils sont des fonctions de la famille qui a sa division de travail tout aussi bien que la production marchande. Les conditions naturelles variant avec le changement des saisons, ainsi que les différences d’âge et de sexe, règlent dans la famille la distribution du travail et sa durée pour chacun. La mesure de la dépense des forces individuelles par le temps de travail apparaît ici directement comme caractère social des travaux eux-mêmes, parce que les forces de travail individuelles ne fonctionnent que comme organes de la force commune de la famille.

Représentons-nous enfin une réunion d’hommes libres travaillant avec des moyens de production communs, et dépensant, d’après un plan concerté, leurs nombreuses forces individuelles comme une seule et même force de travail social. Tout ce que nous avons dit du travail de Robinson se reproduit ici, mais socialement et non individuellement. Tous les produits de Robinson étaient son produit personnel et exclusif, et, conséquemment, objets d’utilité immédiate pour lui. Le produit total des travailleurs unis est un produit social. Une partie sert de nouveau comme moyen de production et reste sociale ; mais l’autre partie est consommée et, par conséquent, doit se répartir entre tous. Le mode de répartition variera suivant l’organisme producteur de la société et le degré de développement historique des travailleurs. (C’est presque le cas de l’Oasis Jemna) Supposons, pour mettre cet état de choses en parallèle avec la production marchande, que la part accordée à chaque travailleur soit en raison son temps de travail. Le temps de travail jouerait ainsi un double rôle. D’un côté, sa distribution dans la société règle le rapport exact des diverses fonctions aux divers besoins ; de l’autre, il mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, et en même temps la portion qui lui revient dans la partie du produit commun réservée à la consommation. Les rapports sociaux des hommes dans leurs travaux et avec les objets utiles qui en proviennent restent ici simples et transparents dans la production aussi bien que dans la distribution. » Marx, K. Le capital, Livre premier, première section, pp 612-613. Œuvres, Économie I, Gallimard. 1965. Bibliothèque de la Pléaide.

A lumière de l’analyse de ces deux extraits et de l’esprit du décret-loi sur les « Charikat Al Ahlia », lequel insiste sur le travail collectif et de la réalisation d’intérêts personnels à travers l’intérêt communautaire, comme à Jemna, il ressort que Kaïs Saïd a une vision économique purement marxiste, mais encore inavouée.

CONCLUSION

L’oiseau rare que le peuple tunisien a élu en 2019 sans même présenter et préciser son programme s’est avéré d’une rareté rarissime, d’une unicité exceptionnelle et d’une originalité plus qu’extraordinaire. À coups de calomnies, de duperies, de mensonges, de dissimulations et d’impostures, l’oiseau rare s’est payé la tête de la constitution, des institutions issues de la révolution tunisienne, des acteurs politiques, des acteurs sociaux et de toute la société civile. Il ressort ainsi que l’oiseau rare, lequel a été considéré anti-système, opposé aux élites politiques, intellectuelles, des analystes et chroniqueurs et apolitique, est au contraire politisé avec un système alternatif bien clair dans sa tête.

Grâce à cet essai, il est évident que « الشعب يريد ويعرف ماذا يريد » s’avère à la fois un programme politique inspiré de la Commune de Paris et un programme socio-économique dont les fondements sont essentiellement marxistes : une démocratie populaire participative où le Bonheur national brut sera distribué selon la formule « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » Karl Marx et Friedrich Engels (1848). Manifeste du Parti communiste.

Il est donc important de noter que la camarade Kaïs Saïd est loin d’être un disciple de Kadhafi dont la pensée est présentée dans son livre: le pouvoir au peuple; le socialisme et la troisième théorie universelle D’ailleurs son idéologue, Ridha Lénine répulse toujours cette ressemblance. Malgré une forte ressemblance traduite par un rejet du parlementarisme, des partis politiques et de la centralisation du pouvoir, Le camarade Kaïs Saïd se distingue de Kadhafi par sa vision marxiste-léniniste et par rejet de l’Islam, comme religion de la Tunisie. Ce rejet, lequel exprime un athéisme dissimulé, se manifeste dans le projet de constitution que Sadok Belaïd est entrain d’élaborer dans une tour d’ivoire. On peut être pour ou contre la vision de Kaïs Saïd; il le droit d’avoir une vision marxiste-léniniste. Pourquoi nous laisse-t-il dans le flou? Pourquoi nous laisse-t-il à démystifier sa pensée profonde et spéculer à tort ou à raison sur son agenda caché? Sur ce point, le dimanche 24 octobre 2021, Ridha Lénine entretient explicitement l’opacité de la nature inavouée du projet de Kaïs Saïd : « Le projet de construction de base ou de démocratie de base, qui s’intitule, dans la campagne du président de la République « le peuple veut », n’a pas besoin de convaincre de sa pertinence et de son historicité. Il a plutôt besoin de l’implication de ses partisans, de leur travail et leur abnégation en priorisant l’intérêt général du peuple sur les intérêts personnels. »

Kaïs Saïd, élu de manière démocratique en 2019, aurait dû veiller à protéger les acquis de la seule révolution de 2011 qui ait mené à une démocratie, mais au lieu de ça, en juillet dernier, il s’approprie tous les pouvoirs pour produire une nouvelle république à sa mesure.Il est du devoir de toutes et de tous de rappeler aux juristes Kaïs Saïd et Sadok Belaïd et à tous les juristes qui l’entourent une leçon de Rousseau « La volonté générale peut seule diriger les forces de l’État. Le peuple soumis aux lois en doit être l’auteur ».

Kaïs Saïd répète souvent « malheureusement, la révolution a été détournée pour exclure le peuple ». Le camarade Kaïs Saïd a déjà concentré un pouvoir immense entre ses mains; il est déterminé à en abuser pour réaliser la révolution qui a été trahie, soit « l’accomplissement de l’étincelle révolutionnaire. » du 17 décembre 2010. L’homme providentiel est investi d’une mission : offrir au pauvre peuple tunisien la démocratie participative sur un plateau d’argent et du bonheur brut à la tonne. Face à cette confusion au sommet de l’État, le peuple tunisien se demande que si à coups de tête et de sang de Martyrs a réussi à passer à travers le mur de la peur et après une décennie de consolidation de la démocratie naissante, que fera-t-il dans la cellule d’à côté, où sa destinée est déjà réglée d’avance par un comité d’experts juristes. En contradiction flagrante, Kaïs Saïd qui est le peuple, déclare toujours agir conformément à la loi, aux dispositions de la Constitution et sur la base de textes juridiques qu’il a élaborés tout au long de cette période (exceptionnelle) sous forme de décrets et décrets-lois et que « Quiconque prétend le contraire est un menteur et un calomniateur, qui n’a pas retenu les leçons de l’Histoire. » Kaïs Saïd a plus que trompé le peuple tunisien. Je crois que la récréation est finie.

Au nom du peuple et au nom d’une révolution permanente, un spectre hante la Tunisie: le spectre du communisme par décrets décrets-lois : tunisiennes et tunisiens de toutes les régions et de partout ailleurs unissez-vous pour demander à Kaïs Saïd avec une vive voix collective Dégage! Je crains pour le sort de la Tunisie et je termine en modifiant une citation datant de1821 de l’un des plus grands écrivains allemands du XIXe siècle, Heinrich Heine « Là où on brûle la constitution, on finit par brûler des hommes. »

Brahim MEDDEB est professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi au Canada depuis 1991. Le professeur Brahim Meddeb est détenteur d’un Ph.D. en Relations Industrielles, d’une maîtrise en analyse des politiques et d’une maîtrise en économie à l’Université Laval. Il est depuis 2003 Directeur – Fondateur du Laboratoire de Recherche et d’Expertise ‘’Carrefour d’Analyse et d’Innovations et d’Appui aux Entreprises’’

Il a aussi été Directeur-Fondateur du doctorat en management de projets, un doctorat unique dans la Francophonie. Il a été Directeur du Département administration Gestion de l’Université Internationale de langue française au service du développement africain en Égypte (Université Senghor d’Alexandrie). Il a également assumé la direction de la Revue Organisations &Territoires durant plusieurs années.

Le professeur Meddeb est l’auteur de plusieurs articles scientifiques, ouvrages et rapports de recherche dans les domaines des innovations et de la performance des organisations. Il a prononcé des conférences au Canada, aux États-Unis, en Chine, en France, en Suisse et dans de nombreux pays d’Afrique et a contribué à la réalisation de plusieurs rapports de recherche. Il est également actif dans le domaine de la coopération internationale en réalisant divers projets de développement financés par l’Agence Canadienne du Développement International, l’Association des Universités et Collèges du Canada, le Gouvernement du Québec et d’autres institutions de financement du développement.

Lire les articles de Brahim Meddeb sur la révolution tunisienne au

http://www.uqac.ca/caisen/tunisie.php

Les opinions exprimées n’engagent que L’auteur et n’implique en aucun cas la responsabilité de l’Institut d’Études Sociales et Médiatiques (SMSI, Maroc), de la revue Droit et Société et de la revue Économie et Société.

 

Vive la Tunisie libre et démocratique

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